Géothermie profonde à Saint-Pierre Roche, quels impacts sur l’environnement ?

Un projet de centrale géothermique d’une puissance de 5-6 mégawatts divise les habitants du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne. Des habitants du hameau de la commune de Saint-Pierre-Roche, sont vent debout contre Géopulse, de la société TLS Geothermics. Un projet d’énergie renouvelable et locale qui a séduit les élus locaux, en cette période de transition énergétique. Mais des riverains craignent les conséquences d’un projet de forage géothermique à grande profondeur. Outre les nuisances sonores du chantier à venir, les opposants au projet pointent le risque sismique, hydrogéologique, mais aussi l’impact sur la biodiversité. Enfin, le doute plane quant à l’exploitation conjointe à terme du lithium extrait de l’eau.

Géothermie profonde à Saint-Pierre Roche
Le lieu-dit de Prades (Saint-Pierre-Roche) où se situeront les premiers forages, prévus pour fin 2022.

Un risque sismique accru

Pour réaliser un projet de géothermie profonde, il faut mener une fracturation hydraulique. Notons tout d’abord qu’il ne s’agit pas ici d’une SGF (Shale Gas Fracking) comme dans le cas de l’exploitation du gaz de schiste. Cette technique est tristement célèbre pour ses risques chimiques et hydrogéologiques, mais heureusement interdite en France (Loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011). Pour ce projet de géothermie profonde, il s’agit de technique EGS (Systèmes Géothermiques Stimulés). Les forages à une profondeur de 3200 m visent le réchauffement naturel de l’eau injectée à haute pression jusqu’à des températures supérieures à 150°C.

L’EGS n’en reste pas moins décriée en raison du risque sismique accru et des perturbations hydrologiques. Et le bruit des installations pour les riverains les plus proches. Les récents incidents sismiques du site GEOVEN de Reichstett-Vendenheim abondent dans ce sens. En effet, la centrale a été arrêtée en urgence suite au séisme du 4 décembre 2020 de magnitude 3,59 sur l’échelle sur l’échelle de Richter. Elle est depuis définitivement suspendue. Un deuxième projet situé à Illkirch-Graffenstaden, a été lui aussi suspendu suite aux secousses sismiques survenues dans le nord de l’agglomération.

La société TLS Geothermics argumente que le site retenu présente une faible sismicité naturelle. Contrairement au contexte alsacien qualifié de sismicité modéré. Le projet vise des failles naturelles perméables dans un socle cristallin, à l’inverse du bassin sédimentaire alsacien. Enfin, les forages nécessaires seront moins profonds qu’en Alsace (3650 mètres au lieu de 4600 mètres). Ce qui selon les ingénieurs du projet réduit encore plus les risques de sismicité.

Géothermie profonde à Saint-Pierre Roche
Pie-grièche grise (Lanius excubitor). Photo : wikimedia

Des impacts sur la biodiversité ?

Les opposants au projet notent d’inévitables impacts sur les écosystèmes. En effet, la commune de Saint-Pierre-Roche accueille plusieurs espèces protégées, dont la Pie-grièche grise et la Loutre d’Europe. Pour le moment, il n’est prévu que des mesures compensatoires des dégâts provoqués aux agrosystèmes et écosystèmes. La mise en place d’un composé de suivi comprenant notamment des membres de la LPO AuRA, du PNR et de la Fédération de la pêche ne rassure pas pour autant les opposants au projet. La réalisation d’études naturalistes complémentaires permettra de mieux apprécier l’impact éventuel. Mais ces mesures compensatoires ou séquences ERC sont-elles déjà un aveu d’impacts irrémédiables sur l’environnement ?

C’est ce que redoute l’association ACR des volcans. Créée suite aux premiers mouvements de contestation citoyenne, l’association déplore également le manque de concertation autour de la biodiversité et l’environnement. Pour encadrer ses actions, l’ACR des volcans a fait appel à un avocat spécialisé dans l’environnement. Parmi les soutiens au projet Géopulse, certains argumentent au contraire que ce projet présente un intérêt environnemental majeur. Notamment en promouvant une source d’énergie bas carbone. Soit au final une solution locale dans la lutte contre le réchauffement climatique. Curieux dilemme sur le plateau auvergnat que cette opposition d’arguments entre partisans écologistes. Mais il n’en demeure pas moins une question de fond pour la transition énergétique. A l’instar des parcs éoliens, faut-il encourager au nom du climat la multiplication des projets d’énergie renouvelables sans aucune autre considération écologique ?

A consulter : l’intégralité de la demande d’ouverture des travaux miniers de géothermie profonde est consultable à cette adresse web.

Les commentaires sont clos.