Pourquoi je chronique le voyage de Darwin à bord du Beagle

Depuis le 14 novembre 2021, je me suis lancé dans une grande aventure sur twitter. J’ai en effet décidé de chroniquer le voyage de Charles Darwin à bord du HMS Beagle ! Un projet pour le moins ambitieux, qui consiste à raconter au jour le jour, avec un décalage de 190 ans, cette expédition fondatrice de la pensée darwinienne.

Pour se faire, j’ai d’abord rassemblé une bibliographie conséquente comprenant aussi bien les journaux de bord de Darwin que du Capitaine Robert FitzRoy, plusieurs éditions de l’ouvrage « Voyage d’un naturaliste autour du monde » de Darwin, ainsi que diverses sources universitaires disponibles sur le sujet. Après quoi, j’ai opté pour un hashtag #VoyageDarwinBeagle afin d’y rassembler mes chroniques, et par une froide journée de novembre, je me suis lancé !

Concrètement, le travail réalisé autour de ces chroniques est assez colossal. Je ne compte plus les threads sur Darwin à bord du Beagle ou lors de ses escales publiés à ce jour. Il m’arrive même d’en rédiger jusqu’à deux par jour ! D’aucuns qualifieraient ce travail sur twitter d’œuvre démentielle, superflue. Et pourtant, chroniquer le quotidien de Darwin au cours de ce tour du monde est aussi une aventure gratifiante, sur le plan imaginaire comme intellectuel. Je vous propose de revenir dans cet billet sur mon ressenti au bout de ces sept premiers mois d’aventures.

Voyage Darwin Beagle
Le HMS Beagle – aquarelle de Owen Stanley (1841).

Darwin à bord du beagle : rêve naturaliste, une source d’inspiration contemporaine

Charles Darwin ne peut qu’inspirer le biologiste de formation que je suis. Son voyage autour du monde eut en effet un tel impact sur la compréhension du Vivant qu’il en devient presque un événement fondateur de la biologie moderne. Il faut aussi reconnaître que Darwin naturaliste ne peut que faire rêver l’amateur de sciences naturelles que je suis. Imaginez-vous, parcourant des paysages sauvages encore largement préservés de toute dégradation. Partir explorer les biomes tropicaux, contempler le premier des espèces sauvages, rêver des temps anciens devant les strates géologiques …

Mes motivations pour me plonger dans les les récits du second voyage du HMS Beagle sont donc aussi nombreuses qu’exaltantes. Mais se lancer dans une chronique des aventures de Darwin sur twitter est une toute autre paire de manches ! Durant ces sept premiers mois, il me faut avouer que sans une discipline quotidienne, l’aventure aurait tourné court au bout de quelques semaines. Seule une bonne organisation permet en effet de maintenir le cap. Prévoir en avance les gros événements à venir, rechercher des thèmes d’illustration, ou tout simplement garder le rythme lors des périodes calmes. Suivre Darwin n’est au final pas si simple que cela !

Mais les satisfactions intellectuelles sont nombreuses. Darwin ne chroniquait pas que ses découvertes naturalistes. Il était aussi, à sa manière, un témoin des sociétés qu’il visitait. A la manière d’un blogueur, il relatait ses impressions, livrait le fruit de ses réflexions de jeune homme découvrant le monde. Et Darwin était un esprit ouvert et progressiste. Au fil de son voyage, l’imaginaire exotique qu’il emporta avec lui depuis Plymouth se heurta à l’expérience réelle de l’aventure.

Voyage Darwin Beagle
Le voyage de Charles Darwin à bord du HMS Beagle – crédits : Encyclopédie Britannica.

Ce que Darwin m’apprend du monde et de sa découverte permanente

Peut-être plus fascinant encore, chroniquer le voyage de Darwin enrichit ma propre approche du naturalisme. Mais quels enseignements peut-on tirer d’un récit de voyage vieux de 190 ans ? Une inspiration, tout d’abord. Charles Darwin avait presque la moitié de mon âge en embarquant à bord du HMS Beagle, mais son enthousiasme pour ce périlleux voyage n’en est pas moins remarquable. Nous sommes en 1831 lorsque le HMS Beagle lève l’ancre. Les voyages de cartographie peuvent nous sembler aujourd’hui de paisibles périples, mais il n’en était rien à l’époque. Le risque de naufrage, la crainte des maladies et les aléas des explorations ne garantissaient en rien un retour sain et sauf à bon port.

En définitive, l’équipage s’engageait presque dans l’équivalent d’un périple de Mike Horn. « Si tes rêves ne te font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands » Que la phrase soit de Mike Horn ou de Ellen Johnson Sirleaf (PN de la paix 2011), elle donne toute sa dimension au voyage de Darwin autour du monde. Et ce n’est pas sans raisons que son père, Robert Darwin, exprima ses craintes à l’évocation de ce dangereux projet ! Mais pour apprendre à connaître le monde, il faut savoir se dépasser soi-même.

Voilà bien une philosophie de vie qui vaut tout autant en sciences naturelles. Le confort de ses propres connaissances devient rapidement une prison dorée. « Certitude, servitude » écrivait Jean Rostand. Et c’est là une leçon majeure du voyage de Darwin. Partir à la rencontre du monde, c’est prendre le risque de quitter sa zone de confort. Mais aussi de bousculer ses propres conceptions, de briser des convictions sans cesse répétées. Au final, c’est peut-être cela, être un naturaliste moderne.

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